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Vol. 2, No. 2, Mars
2004
Un
examen approfondi
de lagenda commercial des États-Unis
révèle que les ententes bilatérales de commerce
sont au coeur de la stratégie américaine
En septembre
dernier, à la suite du blocage des négociations du Programme
de Doha de lOMC lors de la conférence ministérielle
de Cancun au Mexique, le représentant des Etats-Unis pour le Commerce
extérieur Robert Zoellick a rédigé, dans un style
offensif bien caractéristique, un article
dans le Financial Times de Londres intitulé: « America will
not wait for the wont-do countries » (lAmérique
nattendra pas les pays indécis).
Quant à savoir comment menace pourrait se traduire dans les faits,
un document
détaillé sur la stratégie des Etats-Unis en matière
de commerce international « Lagenda commercial 2004 du Président
et le Rapport annuel 2003 sur le Programme des accords de commerce »
trace un portrait peu rassurant de la situation.
Ces deux rapports, totalisant 237 pages, décrivent de façon
exhaustive lapproche développée pour obtenir le maximum
dengagements de libéralisation de la part des autres pays
dans tous les secteurs, y compris la culture.
Les négociations bilatérales et régionales y occupent
un espace important presque 90 pages , ce qui montre clairement
que la stratégie américaine est de se servir de ces négociations
pour conclure des ententes qui créeront des précédents
dans toutes les régions du monde.
Les négociations bilatérales qui ont eu lieu récemment
avec lAustralie, le Chili, le Maroc et Singapour ont éveillé
de façon significative lattention du secteur culturel. Une
lecture de lAgenda commercial de Washington indique clairement que
ces derniers accords servent en fait de banc dessai pour une vague
beaucoup plus large daccords bilatéraux actuellement en chantier.
LAgenda commercial et le rapport annuel montrent aussi à
lévidence que les accords de libre-échange (Free Trade
Agreement - FTA) napparaissent pas de façon isolée.
Ils sont précédés en général dententes
bilatérales plus rudimentaires qui jettent les fondations pour
un véritable accord de libre-échange.
Ces ententes préliminaires consistent en des Accords-cadre sur
le commerce et les investissements (Trade and Investment Framework Agreement
- TIFA) et en Traités bilatéraux sur les investissements
(Bilateral Investment Treaty - BIT). Comme il est mentionné dans
le rapport annuel, « ces ententes sur mesure peuvent servir à
résoudre des problèmes liés au commerce et aux investissements,
à améliorer la situation dans des domaines comme les droits
de propriété intellectuelle et les tarifs douaniers et à
jeter les bases pour un éventuel accord de libre-échange
». (notre traduction)
À la lecture du document, ce qui interpelle de prime abord cest
létendue des initiatives bilatérales américaines.
Au moment de publier ce numéro de Coalitions en mouvement, les
Etats-Unis comptaient 24 accords de libre-échange dont les négociations
étaient conclues, en cours ou annoncées. Par ailleurs, 45
Traités bilatéraux sur les investissements avaient déjà
été signés ou étaient en chantier, et 52 accords-cadre
sur le commerce et les investissements étaient conclus. Pour un
total de 121 négociations commerciales avec quelque 90 pays (les
négociations daccords-cadre et de traités sur les
investissements sont parfois entreprises successivement avec un même
pays).
Ci-dessous, des extraits de lagenda commercial et du rapport annuel
résument les visées américaines dans plusieurs régions
clés du monde.
Asie. Les nations de lAsie du Sud-Est membres de lASEAN
sont une cible prioritaire des Etats-Unis. « Lobjectif des
Etats-Unis est de créer un réseau daccords bilatéraux
de libre-échange avec les pays de lASEAN. » Le projet
« Enterprise for ASEAN Initiative - EAI », que Washington
a annoncé en octobre 2002, a donné le coup denvoi
des initiatives américaines dans la région et lon
compte maintenant 17 négociations daccords en cours à
différents stades délaboration.
Moyen-Orient. Le but avoué des Etats-Unis est de «
créer une zone de libre-échange à la grandeur de
la région dici 2013 ». À cette fin, on saffaire
à « élargir le réseau des accords-cadre et
des traités bilatéraux sur les investissements à
travers la région ». Des accords de libre-échange
ont déjà été signés avec la Jordanie,
Israël et maintenant le Maroc, tandis que des pourparlers samorçaient
avec le Bahreïn en janvier. Jusquici, des traités bilatéraux
sur les investissements ont été signés avec six pays,
des accords-cadre avec 12, et un autre est en cours avec Oman.
Amérique latine et Caraïbes. « Les Etats-Unis
sont en voie de bénéficier des avantages du libre-échange
avec plus des deux tiers de lhémisphère occidental
par le biais daccords bilatéraux et sous-régionaux
». La situation dans cette région montre aussi comment un
premier accord de libre-échange devient un modèle qui permet
à Washington daccélérer les négociations
avec dautres pays. Ainsi, après avoir conclu un accord de
libre-échange avec le Chili, puis avec les pays dAmérique
Centrale (Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua et Costa Rica) durant
la période 2003-2004, les Etats-Unis sont parvenus à un
autre accord avec la République Dominicaine le 15 mars, soit seulement
quatre mois après lannonce du début des négociations
en novembre. Des accords de libre-échange sont aussi en chantier
avec le Panama, la Colombie et le Pérou, et des travaux préliminaires
sont amorcés avec la Bolivie et lÉquateur. Par ailleurs,
des traités bilatéraux dinvestissement ont été
signés avec neuf pays, et un autre est annoncé avec lUruguay.
Afrique. Les négociations sont à un stade avancé
avec le Bostwana, le Lesotho, la Namibie, lAfrique du Sud et le
Swaziland (les pays de lUnion douanière de lAfrique
Australe, la SACU). « Laccord de libre-échange Etats-Unis-SACU
sera le premier du genre en Afrique subsaharienne », comme le disait
Robert Zoellick devant un comité du Sénat américain,
le 9 mars. Cinq traités bilatéraux dinvestissement
ont déjà été conclus. Deux grands accords-cadre
régionaux couvrant 28 pays dAfrique ont été
signés depuis 2001, ainsi que trois autres avec le Nigeria, le
Ghana et lAfrique du Sud.
Il ne fait pas de doute que les ambitions américaines dans ces
négociations commerciales vont bien au-delà du secteur culturel.
Mais, compte tenu de limportance des exportations de « lindustrie
du divertissement » dans léconomie américaine
qui se classent désormais au premier rang Washington
exerce dintenses pressions à chaque négociation pour
obtenir un maximum de libéralisation dans des secteurs comme les
services, qui, à moins dexemptions spécifiques, comprennent
le cinéma, la télévision, la musique et les nouveaux
médias.
Tout cela nous amène à dire que la campagne du secteur culturel
pour placer la culture hors de la sphère de compétence de
lOMC ou des accords bilatéraux de commerce entre maintenant
dans une période à haut risque.
La décision de lUNESCO, en octobre dernier, dentreprendre
lélaboration dune convention sur la diversité
des contenus culturels et des expressions artistiques a constitué
une victoire importante dans cette campagne. Mais la prolifération
des accords bilatéraux donne aux organisations professionnelles
de la culture une raison importante de se mobiliser pour interpeller leurs
gouvernements afin de découvrir ce qui se trame du côté
commercial et, autant que possible, de les persuader de ne pas prendre
dengagements touchant la culture lors de ces négociations.
Certains pays clés ont jusquici échappé à
la pression, notamment les pays membres de lUnion européenne
ainsi que lArgentine, le Brésil, la Chine, lInde et
la Russie, pour ne nommer que ceux-ci. Mais, plus les Etats-Unis multiplieront
les accords bilatéraux, plus ils créeront des précédents
qui devront être reconnus et ce, même par ces grandes puissances
économiques.
Pour les petits pays, les perspectives sont encore plus inquiétantes
car un accord bilatéral signé aujourdhui avec lun
de leurs voisins simposera demain comme le modèle à
prendre ou à laisser quand viendra leur tour de négocier
leur propre accord de libre-échange. Cela tient à lune
des réalités inhérentes à ces accords bilatéraux
: les rapports de pouvoir sont fondamentalement disproportionnés
entre le géant politique et économique que sont les Etats-Unis
et à peu près nimporte quel autre pays.
Il importe de souligner que les accords-cadre sur le commerce et les investissements
sont de nature très générale, et que la culture nest
guère concernée directement, à ce stade. Lintervalle
entre un accord-cadre et un traité dinvestissement ou un
accord de libre-échange laisse donc loccasion aux organisations
culturelles de se mobiliser et de se préparer à la pression
inévitable qui sexercera sur leur pays pour lamener
à faire des concessions sur la culture lorsque les négociations
commerciales seront à un stade plus avancé.
Une accalmie, bien que de courte durée, est à prévoir
prochainement à cause de la campagne pour lélection
présidentielle aux Etats-Unis. Dans ce cadre, on observe une montée
du sentiment anti-libre-échangiste au sein de lélectorat
américain, ce qui laisse entrevoir la possibilité que de
nouveaux accords de libre-échange soient laissés en suspens
jusquau scrutin de novembre, et plus probablement, jusquà
lentrée en fonction de la nouvelle administration en janvier
2005.
Que peut-on faire entre-temps ? Une approche possible serait de sinspirer
de la position prise par le Canada, un pays qui a appris de dure façon,
dans le cadre du traité de libre-échange quil a conclu
avec les Etats-Unis en 1989, comme il est difficile de se doter dune
exemption sur la culture à toute épreuve.
Depuis lors, lappui pour lélaboration dune convention
spécifique sur la diversité des contenus culturels et des
expressions artistiques sest renforcé, le Canada a donné
son plein soutien à ce processus tout en affirmant clairement quil
ne prendrait entre-temps aucun engagement sur la culture dans les négociations
commerciales internationales. Autrement dit, le Canada simpose un
moratoire sur tout engagement de libéralisation touchant la culture
dans les négociations commerciales pendant que la convention est
en voie délaboration à lUNESCO.
Prendre la décision de simposer un moratoire sur tout engagement
touchant la culture peut sembler un tâche ardue mais, cette position
est compatible avec lidée dadopter une convention spécifique
sur les contenus culturels et les expressions artistiques en dehors de
lOMC, soit à lUNESCO. Et plus il y aura de pays pour
adopter cette position, plus grande sera son influence.
Cest la ligne quil faut suivre durant la période critique
menant à la Conférence générale de 2005 de
lUNESCO, et peut-être même jusquà la Conférence
générale de 2007, si cest le délai nécessaire
pour aboutir à une convention forte.
La proposition de moratoire sur tout engagement touchant la culture dans
les accords commerciaux jusquà ladoption dune
convention sur la diversité culturelle et jusquà que
les nouvelles règles de base pour la culture soient clarifiées,
est un sujet sur lequel nous reviendrons dans un prochain numéro
de Coalitions en mouvement.
Les
craintes du secteur culturel se confirment
suite à la publication du texte de laccord de libre-échange
entre les Etats-Unis et Australie
Les premières
informations sur le traitement réservé à la culture
dans laccord de libre-échange conclu entre lAustralie
et les Etats-Unis, le 8 février, avaient laissé le secteur
culturel fondamentalement pessimiste sur ce quil découvrirait
quand le
texte officiel de laccord serait publié le 3 mars.
Or, leurs craintes étaient encore en deçà de ce
qua révélé le texte officiel.
« Cest pire que ce que nos négociateurs nous avaient
dit en décembre, pire que ce que nous pensions quand ils sont
revenus de Washington », a déclaré Richard Harris,
directeur général de lASDA, lAssociation des
réalisateurs australiens. (notre traduction)
En résumé, les points faibles de laccord, du point
de vue du secteur culturel, sont les suivants :
-
Même
si les mécanismes existants ont été maintenus
cest-à-dire les politiques actuelles ils
sont assujettis à des « rochets », ce qui signifie
que des mesures comme le quota de 55 % de contenu national pour la
télévision peuvent être réduites mais non
rehaussées, et, quune fois réduites, elles ne
peuvent être ramenées à leur niveau antérieur.
-
Les
canaux multiples (canaux multiples distribués par un signal
numérique) et la télévision payante (services
sur abonnement) ont été bloqués à des
niveaux inférieurs (et lAustralie ne peut intervenir
dans les services payants que dans un sens (cest-à-dire
en établissant des niveaux de dépenses). Et ces niveaux
ne peuvent être ajustés quen consultation avec
les Etats-Unis.
-
Nouveaux
médias. LAustralie conserve une certaine flexibilité
pour réglementer dans ce domaine, mais les critères
pour une politique favorisant les producteurs ou les contenus nationaux
sont difficiles à atteindre. Là encore, lAustralie
doit consulter les Etats-Unis. Une incertitude demeure aussi sur la
définition des nouveaux médias.
-
Entre
autres conséquences, le fait de navoir pu obtenir une
large exemption pour la culture dans laccord fait perdre
à jamais à lAustralie le pouvoir de réglementer
le cinéma par exemple, limposition de quotas à
lécran. La même chose vaudra pour toute technologie
médiatique à se développer dans lavenir.
Geoff Brown, le directeur
général de la SPAA (lassociation des producteurs de
cinéma et de télévision de lAustralie) a rabroué
vertement les critiques qui prétendaient que le secteur culturel
exagérait dans sa dénonciation de laccord de libre-échange.
« Les intérêts américains sont maintenant autorisés
à sasseoir à notre table avant quun gouvernement
australien puisse mettre en uvre la moindre augmentation dans la
réglementation du contenu dramatique à la télévision
payante. Nous devrons plaider notre cause face aux intérêts
de lindustrie américaine. Cela explique lampleur du
ressentiment dans notre industrie », comme lécrivait
Brown dans une lettre ouverte à lAustralian Financial Review.
« Les intérêts américains décideront
désormais de ce qui apparaîtra sur nos écrans à
lavenir », a-t-il ajouté.
Dans les circonstances, les raisons dêtre optimiste sont rares.
Cependant, le fait que lAustralie ait conservé ses politiques
existantes dont la gamme est étendue ainsi quune
certaine marge de manuvre quant aux nouveaux médias, est
attribuable en réalité à la campagne de pression
au niveau politique et public menée sans relâche par les
organisations membres de la Coalition australienne pour la diversité
culturelle.
« En vérité, la situation aurait pu être pire.
Nous aurions pu perdre le contrôle des nouveaux médias, et
la télévision payante pourrait avoir été maintenue
au statu quo », a fait remarquer Harris.
Lun des grands mystères de la négociation entre lAustralie
et les Etats-Unis est de savoir pourquoi le gouvernement de John Howard
a payé, en définitive, un prix aussi élevé
pour bâcler un accord qui ne lui vaut que de minuscules progrès
pour laccès au marché américain pour le buf,
le sucre et dautres produits agricoles australiens. Pour très
peu en retour, lAustralie sest engagée à faire
des concessions majeures, non seulement dans le domaine culturel, mais
également dans le secteur manufacturier et dans ladministration
du programme pharmaceutique du pays, bien quà ce sujet, que
la nature exacte des engagements de lAustralie reste très
controversée.
« Si le secteur agricole avait marqué des points, les producteurs
de cinéma auraient été déçus mais auraient
pris la chose avec philosophie; maintenant, il est évident que
les deux secteurs nont rien obtenu de significatif », a souligné
Geoff Brown dans sa lettre.
Les critiques de laccord gardent peu espoir de voir le processus
législatif australien mettre des entraves à son adoption.
Bien que des audiences au Sénat soient prévues pour examiner
laccord de libre-échange, toute recommandation qui pourrait
en émaner ne saurait lier le gouvernement.
On ne sattend pas non plus à ce que le parti de lopposition
du pays, le Labour Party, sobjecte à ladoption de la
loi requise pour lentrée en vigueur de laccord de libre-échange,
sur la base du traitement réservé à la culture dans
laccord.
La grande inconnue du moment est de savoir comment lexamen de laccord
de libre-échange se déroulera au Congrès des Etats-Unis,
qui a le pouvoir de rejeter lentente.
On sait quun sentiment général dopposition aux
accords de libre-échange se fait jour aux Etats-Unis à mesure
que la campagne électorale pour la présidentielle prend
son essor. Mais, selon des informations récentes provenant de Washington,
tout indique que les concessions majeures consenties par lAustralie
augmentent les chances dadoption de laccord comparativement
à celles dun autre accord récemment conclu avec des
pays dAmérique Centrale (El Salvador, le Guatemala, le Honduras,
le Nicaragua, le Costa Rica et la République Dominicaine).
Le
secteur culturel marocain attend la publication
du texte de laccord de libre-échange
Aucune
date nayant été donnée pour la publication
du texte officiel de laccord de libre-échange conclu entre
le Maroc et les Etats-Unis, le 2 mars, le secteur culturel marocain
continue dattendre les informations précises qui lui permettront
de savoir comment la culture a été traitée dans
laccord.
Deux jours après la signature de lentente, le ministre
marocain des Affaires étrangères et de la Coopération,
M. Taïb Fassi-Fihri, a émis une déclaration
pour signifier que : « la conclusion de l'accord de libre-échange
avec les Etats-Unis n'affectera pas les subventions accordées
par l'état à toute forme de production culturelle, qu'il
s'agisse des livres, films ou tout autre support culturel ».
Le ministre a aussi affirmé que le pourcentage des investissements
étrangers dans la télévision et la radio marocaines
ne dépasserait pas 51 % du capital (bien que ce niveau, par définition,
laisse la possibilité aux investisseurs étrangers de détenir
un intérêt majoritaire dans une entreprise culturelle marocaine).
Si lon fait abstraction des déclarations du gouvernement,
la nature exacte des politiques qui seront permises dans le cadre de
laccord reste incertaine en labsence dun texte officiel
par exemple, si les mesures seront limitées aux subventions,
ou si des quotas de contenu national seront autorisés
et jusquoù les mesures pourront sappliquer. Il y
a aussi la question de savoir si les subventions pourront être
réservées à du contenu culturel produit par des
entreprises marocaines, par opposition aux multinationales.
Une fiche dinformation publiée par le représentant
des Etats-Unis pour le Commerce extérieur mentionne que le Maroc
accordera un accès au marché substantiel pour le régime
des services, à peu dexceptions près, précisant
que laudiovisuel était au nombre des secteurs de services
clés couverts par laccord.
Le représentant commercial américain souligne aussi que
laccord de libre-échange utilisait lapproche dite
de « liste négative », ce qui signifie que tous les
secteurs sont couverts à moins den être explicitement
exclus.
Le cinéaste Nabil Ayouch, lun des dirigeants de la Coalition
marocaine pour la diversité culturelle, a déclaré
que les organisations culturelles du Maroc ne pourront émettre
de jugement avant davoir pu étudier le contenu intégral
de laccord. Il a affirmé cependant quil y a des raisons
despérer que le gouvernement marocain ait pu conserver
certains pouvoirs, même limités, de réglementation
en matière culturelle.
Pendant ce temps, la Coalition marocaine pour la diversité culturelle
a continué de sagrandir depuis sa fondation en décembre
dernier. Elle regroupe maintenant 13 organisations culturelles et ses
membres ont convenu que la Coalition devait rester une force active
sur la scène culturelle du pays.
La Coalition a décidé de continuer sa campagne de critique
du récent accord de libre-échange et dattirer lattention
du public sur ses préoccupations par le biais dune campagne
de presse. Elle a aussi décidé de se constituer en entité
légale. A cet effet, trois membres de la Coalition saffairent
actuellement à rédiger des statuts et règlements
en vue dune assemblée générale en bonne et
due forme pour les entériner.
Une
deuxième réunion du groupe dexperts
de lUNESCO à la fin mars
Le
groupe dexperts choisis par le Directeur général
de lUNESCO, Koichïro Matsuura, pour assurer le travail initial
délaboration dune convention internationale sur la
diversité culturelle se réunira une deuxième fois
à Paris pour une séance de cinq jours, à partir
du 30 mars.
À la suite de cette séance, le Directeur général
fera rapport sur la progression du travail des experts à la prochaine
réunion du Conseil exécutif de lUNESCO, qui doit
débuter le 14 avril.
Il est possible quune troisième séance de travail
ait lieu en mai ou en juin, mais on prévoit que lUNESCO
procédera alors à ce que lon appelle une «
consultation intergouvernementale de catégorie 2 », à
laquelle tous les États membres seront invités à
participer et qui, en réalité est tant une négociation
sur le contenu de laccord, quun processus pour parachever
le travail de rédaction du texte actuel.
Un rapport sur la première réunion a été
largement distribué, bien quil ne soit pas encore disponible
sur site Internet de lUNESCO. Publié le 20 février
et désigné comme le document CLT/CPD/2003-608/01, ce rapport
fournit un résumé très nuancé du déroulement
des premiers échanges entre les experts sur les thèmes
principaux qui doivent être traités dans la convention
:
Objectifs de la Convention. Un certain nombre dexperts
ont affirmé que « la finalité de la convention nest
pas la protection de la diversité culturelle entendue au sens
large mais bien la protection dun aspect précis de cette
diversité culturelle, à savoir la protection de la diversité
des contenus culturels et des expressions artistiques ». La discussion
sur les objectifs devrait se poursuivre lors de la deuxième réunion,
mais « une première ébauche des objectifs »
a été proposée ainsi : « (i) reconnaître
la spécificité (double nature culture/commerce) des biens
et des services culturels et par conséquent envisager un traitement
approprié à leur égard, (ii) identifier les obligations
des États à légard de la protection et de
la promotion de la diversité culturelle, (iii) préserver
les droits des États à maintenir ou à adopter les
mesures appropriées pour la promotion de la diversité
culturelle, (iv) renforcer la coopération et la solidarité
internationales afin dassurer léquilibre entre pays
en développement et pays industrialisés en termes de production
et daccès au marché international. »
Définition et champ dapplication. Les experts ont examiné
des questions comme les critères pour définir des produits
culturels, les liens entre les formes dexpressions culturelles,
les produits culturels, les industries culturelles et les politiques
culturelles, le capital culturel, la culture et la diversité
culturelle. Toutefois, « les experts ont souligné quaucune
conception claire du champ dapplication de la convention na
été dégagée suite aux discussions ».
On a donc convenu de revenir sur la question lors de la prochaine rencontre.
Relations avec dautres instruments internationaux. Les
experts ont identifié les principes fondamentaux des accords
de lOMC comme étant la zone principale de conflit potentiel
avec le futur traité, si ce dernier autorisait « certains
modes de protection des produits ou industries culturelles ».
Le rapport conclut que « de lavis général,
le grand défi est de savoir de quelle manière lUNESCO
parviendra à développer, dans la future convention, une
approche culturelle innovante dans le contexte juridique international
actuel où la logique commerciale tend à primer. Ce défi
a des implications juridiques et techniques, mais ne saurait toutefois
sy réduire. Cest ainsi que les experts ont souligné
que la future convention devrait poursuivre un objectif exclusivement
culturel suivant une logique essentiellement culturelle et que son but
nest pas de modifier les droits et obligations pris dans dautres
accords internationaux. »
Coopération et assistance internationales. Les experts
ont été unanimes à considérer ces principes
comme « les piliers essentiels de la future convention ».
Selon eux, « lenjeu de la coopération et de lassistance
internationales devrait être axé autour de laccessibilité
de tous les pays à la diversité des contenus culturels
et des expressions artistiques et du soutien aux pays en développement
afin quils se dotent des industries culturelles capables de satisfaire
la demande interne et internationale des biens culturels ».
Application de la convention. On a fait valoir que « le
succès de la future convention dépendrait largement du
mécanisme de suivi ». Les experts ont discuté de
lopportunité de « sinspirer des modèles
élaborés par dautres instruments internationaux
tels que lOMC (qui prévoit les bons offices couplés
au recours à un panel), lUNESCO (qui prévoit une
assemblée, un comité interministériel, des sous-groupes
de travail chargés de la coopération), auxquels on pourrait
ajouter, en cas de besoin, des observatoires chargés de fournir
des informations et des données statistiques sur lapplication
concrète de la convention, sur la médiation, sur lexamen
des services et des systèmes, etc. » On a souligné
également que « tout mécanisme entraînant
un alourdissement des procédures, des tâches administratives
et des coûts devrait être évité ».
Même sil arrive parfois que la composition dun groupe
dexperts change dune réunion à lautre,
on sattend à ce que la grande majorité des participants
à la réunion de décembre soit également
présents à la réunion du 30 mars, et que sy
joignent un ou deux nouveaux experts invités par lUNESCO.
La liste exhaustive des experts na pas été divulguée
mais, parmi ceux qui ont été mentionnés dans le
rapport, se trouvent Ivan Bernier, Tyler Cowen, Mihaly Ficsor, Toshiyuki
Kono, Carols Moneta, Anthony Rudder, Alexander Sadovnikov, David Throsby
et Kwasi Wiredu.
Une question qui reste en suspens concerne les dispositions que prendra
lUNESCO pour permettre aux organisations représentants
des professionnels de la culture non seulement des artistes,
des acteurs, des écrivains, des réalisateurs, des musiciens
et des artistes visuels mais aussi des éditeurs, des producteurs
indépendants, des diffuseurs et des distributeurs dapporter
leur contribution à lélaboration de la convention.
Cependant, selon un document paru récemment sur le site Internet
de lUNESCO au sujet de lordre du jour provisoire de la réunion
du Conseil exécutif en avril (Document
169 EX/4), « les ONG ont exprimé le souhait d'être
associées aux travaux de préparation de l'avant-projet
de Convention internationale ». Le document mentionne aussi que
les ONG souhaiteraient que les directives qui régissent les relations
de lUNESCO avec les ONG soient plus souples.
La participation des organisations représentant des professionnels
de la culture à lélaboration de la convention fera
lobjet dune rencontre prochaine entre une délégation
du Comité international de liaison des coalitions pour la diversité
culturelle et Madame Katerina Stenou, Directrice de la Division des
Politiques culturelles et du Dialogue interculturel. Cette rencontre
fait suite à une lettre envoyée à lUNESCO
à ce sujet en janvier dernier.
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Coalitions
en Mouvement est publié par le Secrétariat du Comité
de liaison international des coalitions pour la diversité culturelle
(CLI).
Coalitions membres:
Argentine,
Australie, Burkina Faso,
Canada, Chili, Corée, France, Maroc,
Mexique, Nouvelle-Zélande, Sénégal.
154,
avenue Laurier Ouest, Bureau 240
Montréal, Québec, H2T 2N7
Tél.
(514) 277-2666
Télec. (514) 277-9994
www.comitedevigilance.org
courriel:
Rédacteur
en chef : Jim McKee
Avec la contribution de :
Robert Pilon, Bruno
Bettati,
Mélanie Marron, Sylvie Riendeau
Vous
êtes intéressés à réunir les organisations
représentant des professionnels de la culture dans votre pays
afin de former une coalition pour la diversité culturelle?
Pour
toute assistance, veuillez prendre contact avec le Secrétariat
du Comité international de liaison des coalitions pour la diversité
culturelle. mckee@cdc-ccd.org
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