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Faits saillants :

 
 


Vol. 2, No. 2, Mars 2004

Un examen approfondi
de l’agenda commercial des États-Unis
révèle que les ententes bilatérales de commerce
sont au coeur de la stratégie américaine

En septembre dernier, à la suite du blocage des négociations du Programme de Doha de l’OMC lors de la conférence ministérielle de Cancun au Mexique, le représentant des Etats-Unis pour le Commerce extérieur Robert Zoellick a rédigé, dans un style offensif bien caractéristique, un article dans le Financial Times de Londres intitulé: « America will not wait for the won’t-do countries » (l’Amérique n’attendra pas les pays indécis).

Quant à savoir comment menace pourrait se traduire dans les faits, un document détaillé sur la stratégie des Etats-Unis en matière de commerce international « L’agenda commercial 2004 du Président et le Rapport annuel 2003 sur le Programme des accords de commerce » trace un portrait peu rassurant de la situation.

Ces deux rapports, totalisant 237 pages, décrivent de façon exhaustive l’approche développée pour obtenir le maximum d’engagements de libéralisation de la part des autres pays dans tous les secteurs, y compris la culture.

Les négociations bilatérales et régionales y occupent un espace important – presque 90 pages –, ce qui montre clairement que la stratégie américaine est de se servir de ces négociations pour conclure des ententes qui créeront des précédents dans toutes les régions du monde.

Les négociations bilatérales qui ont eu lieu récemment avec l’Australie, le Chili, le Maroc et Singapour ont éveillé de façon significative l’attention du secteur culturel. Une lecture de l’Agenda commercial de Washington indique clairement que ces derniers accords servent en fait de banc d’essai pour une vague beaucoup plus large d’accords bilatéraux actuellement en chantier.

L’Agenda commercial et le rapport annuel montrent aussi à l’évidence que les accords de libre-échange (Free Trade Agreement - FTA) n’apparaissent pas de façon isolée. Ils sont précédés en général d’ententes bilatérales plus rudimentaires qui jettent les fondations pour un véritable accord de libre-échange.

Ces ententes préliminaires consistent en des Accords-cadre sur le commerce et les investissements (Trade and Investment Framework Agreement - TIFA) et en Traités bilatéraux sur les investissements (Bilateral Investment Treaty - BIT). Comme il est mentionné dans le rapport annuel, « ces ententes sur mesure peuvent servir à résoudre des problèmes liés au commerce et aux investissements, à améliorer la situation dans des domaines comme les droits de propriété intellectuelle et les tarifs douaniers et à jeter les bases pour un éventuel accord de libre-échange ». (notre traduction)

À la lecture du document, ce qui interpelle de prime abord c’est l’étendue des initiatives bilatérales américaines. Au moment de publier ce numéro de Coalitions en mouvement, les Etats-Unis comptaient 24 accords de libre-échange dont les négociations étaient conclues, en cours ou annoncées. Par ailleurs, 45 Traités bilatéraux sur les investissements avaient déjà été signés ou étaient en chantier, et 52 accords-cadre sur le commerce et les investissements étaient conclus. Pour un total de 121 négociations commerciales avec quelque 90 pays (les négociations d’accords-cadre et de traités sur les investissements sont parfois entreprises successivement avec un même pays).

Ci-dessous, des extraits de l’agenda commercial et du rapport annuel résument les visées américaines dans plusieurs régions clés du monde.

Asie. Les nations de l’Asie du Sud-Est membres de l’ASEAN sont une cible prioritaire des Etats-Unis. « L’objectif des Etats-Unis est de créer un réseau d’accords bilatéraux de libre-échange avec les pays de l’ASEAN. » Le projet « Enterprise for ASEAN Initiative - EAI », que Washington a annoncé en octobre 2002, a donné le coup d’envoi des initiatives américaines dans la région et l’on compte maintenant 17 négociations d’accords en cours à différents stades d’élaboration.

Moyen-Orient. Le but avoué des Etats-Unis est de « créer une zone de libre-échange à la grandeur de la région d’ici 2013 ». À cette fin, on s’affaire à « élargir le réseau des accords-cadre et des traités bilatéraux sur les investissements à travers la région ». Des accords de libre-échange ont déjà été signés avec la Jordanie, Israël et maintenant le Maroc, tandis que des pourparlers s’amorçaient avec le Bahreïn en janvier. Jusqu’ici, des traités bilatéraux sur les investissements ont été signés avec six pays, des accords-cadre avec 12, et un autre est en cours avec Oman.

Amérique latine et Caraïbes. « Les Etats-Unis sont en voie de bénéficier des avantages du libre-échange avec plus des deux tiers de l’hémisphère occidental par le biais d’accords bilatéraux et sous-régionaux ». La situation dans cette région montre aussi comment un premier accord de libre-échange devient un modèle qui permet à Washington d’accélérer les négociations avec d’autres pays. Ainsi, après avoir conclu un accord de libre-échange avec le Chili, puis avec les pays d’Amérique Centrale (Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua et Costa Rica) durant la période 2003-2004, les Etats-Unis sont parvenus à un autre accord avec la République Dominicaine le 15 mars, soit seulement quatre mois après l’annonce du début des négociations en novembre. Des accords de libre-échange sont aussi en chantier avec le Panama, la Colombie et le Pérou, et des travaux préliminaires sont amorcés avec la Bolivie et l’Équateur. Par ailleurs, des traités bilatéraux d’investissement ont été signés avec neuf pays, et un autre est annoncé avec l’Uruguay.

Afrique. Les négociations sont à un stade avancé avec le Bostwana, le Lesotho, la Namibie, l’Afrique du Sud et le Swaziland (les pays de l’Union douanière de l’Afrique Australe, la SACU). « L’accord de libre-échange Etats-Unis-SACU sera le premier du genre en Afrique subsaharienne », comme le disait Robert Zoellick devant un comité du Sénat américain, le 9 mars. Cinq traités bilatéraux d’investissement ont déjà été conclus. Deux grands accords-cadre régionaux couvrant 28 pays d’Afrique ont été signés depuis 2001, ainsi que trois autres avec le Nigeria, le Ghana et l’Afrique du Sud.

Il ne fait pas de doute que les ambitions américaines dans ces négociations commerciales vont bien au-delà du secteur culturel. Mais, compte tenu de l’importance des exportations de « l’industrie du divertissement » dans l’économie américaine – qui se classent désormais au premier rang – Washington exerce d’intenses pressions à chaque négociation pour obtenir un maximum de libéralisation dans des secteurs comme les services, qui, à moins d’exemptions spécifiques, comprennent le cinéma, la télévision, la musique et les nouveaux médias.

Tout cela nous amène à dire que la campagne du secteur culturel pour placer la culture hors de la sphère de compétence de l’OMC ou des accords bilatéraux de commerce entre maintenant dans une période à haut risque.

La décision de l’UNESCO, en octobre dernier, d’entreprendre l’élaboration d’une convention sur la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques a constitué une victoire importante dans cette campagne. Mais la prolifération des accords bilatéraux donne aux organisations professionnelles de la culture une raison importante de se mobiliser pour interpeller leurs gouvernements afin de découvrir ce qui se trame du côté commercial et, autant que possible, de les persuader de ne pas prendre d’engagements touchant la culture lors de ces négociations.

Certains pays clés ont jusqu’ici échappé à la pression, notamment les pays membres de l’Union européenne ainsi que l’Argentine, le Brésil, la Chine, l’Inde et la Russie, pour ne nommer que ceux-ci. Mais, plus les Etats-Unis multiplieront les accords bilatéraux, plus ils créeront des précédents qui devront être reconnus et ce, même par ces grandes puissances économiques.

Pour les petits pays, les perspectives sont encore plus inquiétantes car un accord bilatéral signé aujourd’hui avec l’un de leurs voisins s’imposera demain comme le modèle à prendre ou à laisser quand viendra leur tour de négocier leur propre accord de libre-échange. Cela tient à l’une des réalités inhérentes à ces accords bilatéraux : les rapports de pouvoir sont fondamentalement disproportionnés entre le géant politique et économique que sont les Etats-Unis et à peu près n’importe quel autre pays.

Il importe de souligner que les accords-cadre sur le commerce et les investissements sont de nature très générale, et que la culture n’est guère concernée directement, à ce stade. L’intervalle entre un accord-cadre et un traité d’investissement ou un accord de libre-échange laisse donc l’occasion aux organisations culturelles de se mobiliser et de se préparer à la pression inévitable qui s’exercera sur leur pays pour l’amener à faire des concessions sur la culture lorsque les négociations commerciales seront à un stade plus avancé.

Une accalmie, bien que de courte durée, est à prévoir prochainement à cause de la campagne pour l’élection présidentielle aux Etats-Unis. Dans ce cadre, on observe une montée du sentiment anti-libre-échangiste au sein de l’électorat américain, ce qui laisse entrevoir la possibilité que de nouveaux accords de libre-échange soient laissés en suspens jusqu’au scrutin de novembre, et plus probablement, jusqu’à l’entrée en fonction de la nouvelle administration en janvier 2005.

Que peut-on faire entre-temps ? Une approche possible serait de s’inspirer de la position prise par le Canada, un pays qui a appris de dure façon, dans le cadre du traité de libre-échange qu’il a conclu avec les Etats-Unis en 1989, comme il est difficile de se doter d’une exemption sur la culture à toute épreuve.

Depuis lors, l’appui pour l’élaboration d’une convention spécifique sur la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques s’est renforcé, le Canada a donné son plein soutien à ce processus tout en affirmant clairement qu’il ne prendrait entre-temps aucun engagement sur la culture dans les négociations commerciales internationales. Autrement dit, le Canada s’impose un moratoire sur tout engagement de libéralisation touchant la culture dans les négociations commerciales pendant que la convention est en voie d’élaboration à l’UNESCO.

Prendre la décision de s’imposer un moratoire sur tout engagement touchant la culture peut sembler un tâche ardue mais, cette position est compatible avec l’idée d’adopter une convention spécifique sur les contenus culturels et les expressions artistiques en dehors de l’OMC, soit à l’UNESCO. Et plus il y aura de pays pour adopter cette position, plus grande sera son influence.

C’est la ligne qu’il faut suivre durant la période critique menant à la Conférence générale de 2005 de l’UNESCO, et peut-être même jusqu’à la Conférence générale de 2007, si c’est le délai nécessaire pour aboutir à une convention forte.

La proposition de moratoire sur tout engagement touchant la culture dans les accords commerciaux jusqu’à l’adoption d’une convention sur la diversité culturelle et jusqu’à que les nouvelles règles de base pour la culture soient clarifiées, est un sujet sur lequel nous reviendrons dans un prochain numéro de Coalitions en mouvement.

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Les craintes du secteur culturel se confirment
suite à la publication du texte de l’accord de libre-échange
entre les Etats-Unis et Australie

Les premières informations sur le traitement réservé à la culture dans l’accord de libre-échange conclu entre l’Australie et les Etats-Unis, le 8 février, avaient laissé le secteur culturel fondamentalement pessimiste sur ce qu’il découvrirait quand le texte officiel de l’accord serait publié le 3 mars. Or, leurs craintes étaient encore en deçà de ce qu’a révélé le texte officiel.

« C’est pire que ce que nos négociateurs nous avaient dit en décembre, pire que ce que nous pensions quand ils sont revenus de Washington », a déclaré Richard Harris, directeur général de l’ASDA, l’Association des réalisateurs australiens. (notre traduction)

En résumé, les points faibles de l’accord, du point de vue du secteur culturel, sont les suivants :

  • Même si les mécanismes existants ont été maintenus – c’est-à-dire les politiques actuelles – ils sont assujettis à des « rochets », ce qui signifie que des mesures comme le quota de 55 % de contenu national pour la télévision peuvent être réduites mais non rehaussées, et, qu’une fois réduites, elles ne peuvent être ramenées à leur niveau antérieur.

  • Les canaux multiples (canaux multiples distribués par un signal numérique) et la télévision payante (services sur abonnement) ont été bloqués à des niveaux inférieurs (et l’Australie ne peut intervenir dans les services payants que dans un sens (c’est-à-dire en établissant des niveaux de dépenses). Et ces niveaux ne peuvent être ajustés qu’en consultation avec les Etats-Unis.

  • Nouveaux médias. L’Australie conserve une certaine flexibilité pour réglementer dans ce domaine, mais les critères pour une politique favorisant les producteurs ou les contenus nationaux sont difficiles à atteindre. Là encore, l’Australie doit consulter les Etats-Unis. Une incertitude demeure aussi sur la définition des nouveaux médias.

  • Entre autres conséquences, le fait de n’avoir pu obtenir une large exemption pour la culture dans l’accord fait perdre à jamais à l’Australie le pouvoir de réglementer le cinéma – par exemple, l’imposition de quotas à l’écran. La même chose vaudra pour toute technologie médiatique à se développer dans l’avenir.

Geoff Brown, le directeur général de la SPAA (l’association des producteurs de cinéma et de télévision de l’Australie) a rabroué vertement les critiques qui prétendaient que le secteur culturel exagérait dans sa dénonciation de l’accord de libre-échange.

« Les intérêts américains sont maintenant autorisés à s’asseoir à notre table avant qu’un gouvernement australien puisse mettre en œuvre la moindre augmentation dans la réglementation du contenu dramatique à la télévision payante. Nous devrons plaider notre cause face aux intérêts de l’industrie américaine. Cela explique l’ampleur du ressentiment dans notre industrie », comme l’écrivait Brown dans une lettre ouverte à l’Australian Financial Review.

« Les intérêts américains décideront désormais de ce qui apparaîtra sur nos écrans à l’avenir », a-t-il ajouté.

Dans les circonstances, les raisons d’être optimiste sont rares. Cependant, le fait que l’Australie ait conservé ses politiques existantes – dont la gamme est étendue – ainsi qu’une certaine marge de manœuvre quant aux nouveaux médias, est attribuable en réalité à la campagne de pression au niveau politique et public menée sans relâche par les organisations membres de la Coalition australienne pour la diversité culturelle.

« En vérité, la situation aurait pu être pire. Nous aurions pu perdre le contrôle des nouveaux médias, et la télévision payante pourrait avoir été maintenue au statu quo », a fait remarquer Harris.

L’un des grands mystères de la négociation entre l’Australie et les Etats-Unis est de savoir pourquoi le gouvernement de John Howard a payé, en définitive, un prix aussi élevé pour bâcler un accord qui ne lui vaut que de minuscules progrès pour l’accès au marché américain pour le bœuf, le sucre et d’autres produits agricoles australiens. Pour très peu en retour, l’Australie s’est engagée à faire des concessions majeures, non seulement dans le domaine culturel, mais également dans le secteur manufacturier et dans l’administration du programme pharmaceutique du pays, bien qu’à ce sujet, que la nature exacte des engagements de l’Australie reste très controversée.

« Si le secteur agricole avait marqué des points, les producteurs de cinéma auraient été déçus mais auraient pris la chose avec philosophie; maintenant, il est évident que les deux secteurs n’ont rien obtenu de significatif », a souligné Geoff Brown dans sa lettre.

Les critiques de l’accord gardent peu espoir de voir le processus législatif australien mettre des entraves à son adoption. Bien que des audiences au Sénat soient prévues pour examiner l’accord de libre-échange, toute recommandation qui pourrait en émaner ne saurait lier le gouvernement.

On ne s’attend pas non plus à ce que le parti de l’opposition du pays, le Labour Party, s’objecte à l’adoption de la loi requise pour l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange, sur la base du traitement réservé à la culture dans l’accord.

La grande inconnue du moment est de savoir comment l’examen de l’accord de libre-échange se déroulera au Congrès des Etats-Unis, qui a le pouvoir de rejeter l’entente.

On sait qu’un sentiment général d’opposition aux accords de libre-échange se fait jour aux Etats-Unis à mesure que la campagne électorale pour la présidentielle prend son essor. Mais, selon des informations récentes provenant de Washington, tout indique que les concessions majeures consenties par l’Australie augmentent les chances d’adoption de l’accord comparativement à celles d’un autre accord récemment conclu avec des pays d’Amérique Centrale (El Salvador, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica et la République Dominicaine).

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Le secteur culturel marocain attend la publication
du texte de l’accord de libre-échange


Aucune date n’ayant été donnée pour la publication du texte officiel de l’accord de libre-échange conclu entre le Maroc et les Etats-Unis, le 2 mars, le secteur culturel marocain continue d’attendre les informations précises qui lui permettront de savoir comment la culture a été traitée dans l’accord.

Deux jours après la signature de l’entente, le ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération, M. Taïb Fassi-Fihri, a émis une déclaration pour signifier que : « la conclusion de l'accord de libre-échange avec les Etats-Unis n'affectera pas les subventions accordées par l'état à toute forme de production culturelle, qu'il s'agisse des livres, films ou tout autre support culturel ».

Le ministre a aussi affirmé que le pourcentage des investissements étrangers dans la télévision et la radio marocaines ne dépasserait pas 51 % du capital (bien que ce niveau, par définition, laisse la possibilité aux investisseurs étrangers de détenir un intérêt majoritaire dans une entreprise culturelle marocaine).

Si l’on fait abstraction des déclarations du gouvernement, la nature exacte des politiques qui seront permises dans le cadre de l’accord reste incertaine en l’absence d’un texte officiel – par exemple, si les mesures seront limitées aux subventions, ou si des quotas de contenu national seront autorisés – et jusqu’où les mesures pourront s’appliquer. Il y a aussi la question de savoir si les subventions pourront être réservées à du contenu culturel produit par des entreprises marocaines, par opposition aux multinationales.

Une fiche d’information publiée par le représentant des Etats-Unis pour le Commerce extérieur mentionne que le Maroc accordera un accès au marché substantiel pour le régime des services, à peu d’exceptions près, précisant que l’audiovisuel était au nombre des secteurs de services clés couverts par l’accord.

Le représentant commercial américain souligne aussi que l’accord de libre-échange utilisait l’approche dite de « liste négative », ce qui signifie que tous les secteurs sont couverts à moins d’en être explicitement exclus.

Le cinéaste Nabil Ayouch, l’un des dirigeants de la Coalition marocaine pour la diversité culturelle, a déclaré que les organisations culturelles du Maroc ne pourront émettre de jugement avant d’avoir pu étudier le contenu intégral de l’accord. Il a affirmé cependant qu’il y a des raisons d’espérer que le gouvernement marocain ait pu conserver certains pouvoirs, même limités, de réglementation en matière culturelle.

Pendant ce temps, la Coalition marocaine pour la diversité culturelle a continué de s’agrandir depuis sa fondation en décembre dernier. Elle regroupe maintenant 13 organisations culturelles et ses membres ont convenu que la Coalition devait rester une force active sur la scène culturelle du pays.

La Coalition a décidé de continuer sa campagne de critique du récent accord de libre-échange et d’attirer l’attention du public sur ses préoccupations par le biais d’une campagne de presse. Elle a aussi décidé de se constituer en entité légale. A cet effet, trois membres de la Coalition s’affairent actuellement à rédiger des statuts et règlements en vue d’une assemblée générale en bonne et due forme pour les entériner.


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Une deuxième réunion du groupe d’experts
de l’UNESCO à la fin mars


Le groupe d’experts choisis par le Directeur général de l’UNESCO, Koichïro Matsuura, pour assurer le travail initial d’élaboration d’une convention internationale sur la diversité culturelle se réunira une deuxième fois à Paris pour une séance de cinq jours, à partir du 30 mars.

À la suite de cette séance, le Directeur général fera rapport sur la progression du travail des experts à la prochaine réunion du Conseil exécutif de l’UNESCO, qui doit débuter le 14 avril.

Il est possible qu’une troisième séance de travail ait lieu en mai ou en juin, mais on prévoit que l’UNESCO procédera alors à ce que l’on appelle une « consultation intergouvernementale de catégorie 2 », à laquelle tous les États membres seront invités à participer et qui, en réalité est tant une négociation sur le contenu de l’accord, qu’un processus pour parachever le travail de rédaction du texte actuel.

Un rapport sur la première réunion a été largement distribué, bien qu’il ne soit pas encore disponible sur site Internet de l’UNESCO. Publié le 20 février et désigné comme le document CLT/CPD/2003-608/01, ce rapport fournit un résumé très nuancé du déroulement des premiers échanges entre les experts sur les thèmes principaux qui doivent être traités dans la convention :

Objectifs de la Convention. Un certain nombre d’experts ont affirmé que « la finalité de la convention n’est pas la protection de la diversité culturelle entendue au sens large mais bien la protection d’un aspect précis de cette diversité culturelle, à savoir la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques ». La discussion sur les objectifs devrait se poursuivre lors de la deuxième réunion, mais « une première ébauche des objectifs » a été proposée ainsi : « (i) reconnaître la spécificité (double nature culture/commerce) des biens et des services culturels et par conséquent envisager un traitement approprié à leur égard, (ii) identifier les obligations des États à l’égard de la protection et de la promotion de la diversité culturelle, (iii) préserver les droits des États à maintenir ou à adopter les mesures appropriées pour la promotion de la diversité culturelle, (iv) renforcer la coopération et la solidarité internationales afin d’assurer l’équilibre entre pays en développement et pays industrialisés en termes de production et d’accès au marché international. »

Définition et champ d’application.
Les experts ont examiné des questions comme les critères pour définir des produits culturels, les liens entre les formes d’expressions culturelles, les produits culturels, les industries culturelles et les politiques culturelles, le capital culturel, la culture et la diversité culturelle. Toutefois, « les experts ont souligné qu’aucune conception claire du champ d’application de la convention n’a été dégagée suite aux discussions ». On a donc convenu de revenir sur la question lors de la prochaine rencontre.

Relations avec d’autres instruments internationaux. Les experts ont identifié les principes fondamentaux des accords de l’OMC comme étant la zone principale de conflit potentiel avec le futur traité, si ce dernier autorisait « certains modes de protection des produits ou industries culturelles ». Le rapport conclut que « de l’avis général, le grand défi est de savoir de quelle manière l’UNESCO parviendra à développer, dans la future convention, une approche culturelle innovante dans le contexte juridique international actuel où la logique commerciale tend à primer. Ce défi a des implications juridiques et techniques, mais ne saurait toutefois s’y réduire. C’est ainsi que les experts ont souligné que la future convention devrait poursuivre un objectif exclusivement culturel suivant une logique essentiellement culturelle et que son but n’est pas de modifier les droits et obligations pris dans d’autres accords internationaux. »

Coopération et assistance internationales. Les experts ont été unanimes à considérer ces principes comme « les piliers essentiels de la future convention ». Selon eux, « l’enjeu de la coopération et de l’assistance internationales devrait être axé autour de l’accessibilité de tous les pays à la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques et du soutien aux pays en développement afin qu’ils se dotent des industries culturelles capables de satisfaire la demande interne et internationale des biens culturels ».

Application de la convention. On a fait valoir que « le succès de la future convention dépendrait largement du mécanisme de suivi ». Les experts ont discuté de l’opportunité de « s’inspirer des modèles élaborés par d’autres instruments internationaux tels que l’OMC (qui prévoit les bons offices couplés au recours à un panel), l’UNESCO (qui prévoit une assemblée, un comité interministériel, des sous-groupes de travail chargés de la coopération), auxquels on pourrait ajouter, en cas de besoin, des observatoires chargés de fournir des informations et des données statistiques sur l’application concrète de la convention, sur la médiation, sur l’examen des services et des systèmes, etc. » On a souligné également que « tout mécanisme entraînant un alourdissement des procédures, des tâches administratives et des coûts devrait être évité ».

Même s’il arrive parfois que la composition d’un groupe d’experts change d’une réunion à l’autre, on s’attend à ce que la grande majorité des participants à la réunion de décembre soit également présents à la réunion du 30 mars, et que s’y joignent un ou deux nouveaux experts invités par l’UNESCO.

La liste exhaustive des experts n’a pas été divulguée mais, parmi ceux qui ont été mentionnés dans le rapport, se trouvent Ivan Bernier, Tyler Cowen, Mihaly Ficsor, Toshiyuki Kono, Carols Moneta, Anthony Rudder, Alexander Sadovnikov, David Throsby et Kwasi Wiredu.

Une question qui reste en suspens concerne les dispositions que prendra l’UNESCO pour permettre aux organisations représentants des professionnels de la culture – non seulement des artistes, des acteurs, des écrivains, des réalisateurs, des musiciens et des artistes visuels mais aussi des éditeurs, des producteurs indépendants, des diffuseurs et des distributeurs – d’apporter leur contribution à l’élaboration de la convention.

Cependant, selon un document paru récemment sur le site Internet de l’UNESCO au sujet de l’ordre du jour provisoire de la réunion du Conseil exécutif en avril (Document 169 EX/4), « les ONG ont exprimé le souhait d'être associées aux travaux de préparation de l'avant-projet de Convention internationale ». Le document mentionne aussi que les ONG souhaiteraient que les directives qui régissent les relations de l’UNESCO avec les ONG soient plus souples.

La participation des organisations représentant des professionnels de la culture à l’élaboration de la convention fera l’objet d’une rencontre prochaine entre une délégation du Comité international de liaison des coalitions pour la diversité culturelle et Madame Katerina Stenou, Directrice de la Division des Politiques culturelles et du Dialogue interculturel. Cette rencontre fait suite à une lettre envoyée à l’UNESCO à ce sujet en janvier dernier.

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Coalitions en Mouvement est publié par le Secrétariat du Comité de liaison international des coalitions pour la diversité culturelle (CLI).
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Avec la contribution de :
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Bruno Bettati,
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